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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 16:55

 

 

 

Le double sens de la vie quotidienne

 

 

 

Qu’est-ce que le quotidien ? Il faut bien reconnaître que nous nous posons rarement cette question tant la vie quotidienne constitue la trame irréfléchie de notre expérience commune, à laquelle elle offre une forme de nécessité silencieuse, anonyme et familière. Faire les courses, manger, s’habiller, dormir : autant d’actions que nous accomplissons le plus souvent sans y prêter attention, comme si elles étaient incorporées à notre existence au point qu’elles n’éveillent plus de notre part aucune curiosité mais qu’elles suscitent plutôt l’impression d’une fatalité ordinaire, d’un ordre des choses « allant de soi » à reconstituer chaque jour pour renouveler ce pacte de confiance tacite qui nous permet d’être en paix avec la réalité, voire d’avoir le sentiment trompeur de la dominer, de la maîtriser et d’en contrôler le cours. Or, qu’en est-il exactement de cette vie quotidienne qui forme le fondement impensé de toute vie humaine, et donne à l’existence le visage rassurant de ce qui se déroule selon la régularité rassurante d’un “ordre” habituel, stable et cohérent, pour cette raison même soustrait à toute investigation critique ? Qu’est-ce qui, en d’autres termes, donne à la vie ordinaire cette allure d’une vie “normale” et qu’est-ce qui justifie cette normalité apparente des rituels du quotidien à laquelle l’homme paraît si fortement attaché comme à l’une des conditions absolues de son existence ? Dans la production philosophique récente, ces questions font l’objet de recherches novatrices qui, au-delà de leurs divergences, contribuent selon nous à réactualiser de manière originale le thème d’une “critique de la vie quotidienne”, naguère initié par Henri Lefebvre[1] . En effet, Guillaume le Blanc dans Les maladies de l’homme normal [2]  et Bruce Bégout dans La découverte du quotidien [3]  explorent chacun à leur manière la signification du quotidien en vue de déterminer quelles sont ses potentialités critiques. Nous voudrions dans les pages qui suivent renouer les fils du débat qui s’engage manifestement entre ces deux ouvrages sur la question essentielle à nos yeux du rapport de l’homme quotidien aux normes qui structurent son expérience et son existence ordinaires. D’où vient en effet que la vie quotidienne passe pour une vie normale, régulière et ordinaire, alors même que la vie humaine ne cesse d’être soumise à l’irrégularité d’événements qui en rompent le cours continu et la confrontent ainsi à ses propres limites ou défaillances, mais aussi, et complémentairement, renforcent l’exigence sourde de son auto-conservation ? La difficulté consiste ici à mettre à distance le caractère d’évidence de la quotidienneté pour faire ressortir la dimension problématique de son apparente normalité. La stabilité et la cohérence de la vie quotidienne ne sont peut-être pas en effet données avec elle mais relèvent plutôt d’une opération de normalisation dont il convient d’élucider les modalités concrètes ainsi que les conséquences pratiques. Or, c’est justement à ce travail d’élucidation que s’attachent, dans des perspectives différentes, les ouvrages de G. le Blanc et de B. Bégout.

 

http://lh3.ggpht.com/Cp4rX_HIANvglqaSI8GdhOiMVAPdnRjKoJsNG3SQlkzcuryQ3dzG7g0pca52bPFSaEcN=s85L’interrogation sur la “vie ordinaire” que propose le premier prend place à l’intérieur d’une réflexion plus générale sur le statut et les limites de l’“homme normal”, c’est-à-dire en réalité de l’homme malade de cette normalité à laquelle la société lui enjoint d’adhérer ou à laquelle il finit par s’attacher de lui-même (en incorporant les normes dans des habitus), pour pouvoir vivre comme tout le monde et ne pas risquer d’être rejeté dans les marges du système [4]. Or, la vie quotidienne paraît constituer le terrain privilégié de cette normalisation. Celle-ci prend en effet la forme d’une “prise du pouvoir sur l’ordinaire de la vie”[5]  ou encore d’une insinuation du normal dans les moindres parcelles de l’existence humaine, ainsi rappelée à l’ordre dans toutes ses dimensions et au final assujettie à cet ordre des choses qui fournit le cadre structuré et contraignant au sein duquel elle peut se déployer comme une existence normale, c’est-à-dire normalisée, aspirant à cette normalité qui ne peut manquer de faire souffrir l’homme ordinaire.

Pourtant, G. le Blanc ne s’en tient pas à cette analyse unilatérale qui tend à faire de la vie ordinaire le réceptacle passif d’une injonction normalisante qui l’envahirait et la reconditionnerait au point d’annuler justement en elle toute dynamique “vitale”. En situant sa réflexion dans le prolongement de celles de Georges Canguilhem (portant notamment sur la distinction entre normalité et normativité du point de vue du vivant[6] ), et de Michel de Certeau (portant sur le thème d’une “invention” de la vie quotidienne[7] ), il cherche plutôt à marquer la tension interne qui traverse la “vie ordinaire”, en tant qu’elle est à la fois ordonnée selon des normes sociales qui en règlent le cours et rappellent à l’ordre le sujet (en produisant des formes de subjectivation qui dépendent de son assujettissement), et vouée au désordre immanent de pratiques vitales (celles du “braconnage”[8], de l’“usinage”[9] ou des “catachrèses”[10]) qui témoignent d’“expériences psychiques inédites”[11]  et d’“usages de soi”[12]  créateurs : “Ce qui définit la vie ordinaire, c’est ainsi une formidable activité dans les endroits mêmes où l’on pourrait trop rapidement tenir l’homme ordinaire pour le plus passif qui soit”[13] . De ce point de vue, il s’agit bien de réintroduire de la vie, et de la vie humaine, avec ce qu’elle comporte de plasticité et d’inventivité, dans l’ordinaire, ainsi soustrait à la dimension homogénéisante de la pure répétition. A la dualité abstraite d’un flux vital en devenir intensif et d’un quotidien figé dans la banalité et dans l’identité du normal, G. le Blanc oppose la perspective d’une dialectique concrète de la norme et de ses écarts, qui donne forme à une critique de la vie quotidienne, entendue comme l’actualisation permanente de la vitalité propre au quotidien et aux déplacements qu’il implique jusque dans ses rituels les plus réglés en apparence. Par conséquent, le travail des normes dans le quotidien (qui prend la forme de l’assujettissement disciplinaire) se trouve retourné et complété par le travail du/au quotidien dans les normes, “dans le blanc des normes”[14] , qui prend la forme d’une résistance créatrice à “l’identité absurde de la normalité” [15] . Le thème générique d’une “invention du quotidien” renvoie alors aussi bien à l’idée que le quotidien est en lui-même porteur de cette inventivité et de ces décalages infimes qui introduisent du “jeu” dans les normes et les fait ainsi “craquer”[16] , qu’à l’idée que ces micro-décalages produisent et en un sens “inventent” également des “tours psychiques”[17]  originaux, contribuant de cette manière à l’émergence de ce que Judith Butler appelle un sujet “tropique”[18] , qui fait retour sur la norme qui l’assujettit et, par ce tropisme, lui impose son “style” singulier : “Le détournement, c’est l’effet du retournement du sujet sur la norme qui le produit et ce détournement marque la possibilité même d’introduire un peu d’air frais dans le jeu des normes. Le détournement, c’est le retournement de la vie psychique sur la norme. C’est cette opération de détournement que j’appelle style. […] Il existe, par conséquent, un pouvoir de singularisation de la norme qui s’opère dans le détournement, dans la déviation”[19] . Une figure stylisée de l’homme normatif est ainsi conquise sur le fond de la normalisation de la vie quotidienne : celle-ci n’est donc pas repliée sur les formes figées d’une normalité que tend à lui imposer la société et que tend à s’imposer l’homme dans son existence ordinaire, mais bien ouverte sur la perspective de sa transformation incessante par le biais de ces “pratiques de l’ordinaire qui sont comme autant de contaminations du réel par le possible”[20] .

L’originalité propre à cette démarche consiste alors à montrer comment la vie quotidienne produit du “soi” sous la forme résiduelle mais active d’une singularité vivante qui se donne moins comme une alternative émancipatrice à l’homme normal que comme cet autre tour psychique qui fait “jouer” les normes instituées dans des pratiques antidisciplinaires[21]  qui sont avant tout des pratiques de soi, - manifestant ainsi de manière paradoxale un véritable souci de soi jusque dans l’accomplissement de ces normes.

 

C’est manifestement dans une tout autre direction et vers une autre forme de critique de la normalité quotidienne que nous entraîne Bruce Bégout dans son dernier livre[22] . En effet, au lieu de mettre au jour la vitalité créatrice d’un soi qui s’affirme en quelque sorte par excès, en trouant le cours ordonné du quotidien, il analyse plutôt le processus de normalisation immanente qui donne à la vie quotidienne la stabilité et la régularité d’après lesquelles justement nous la jugeons “normale”, c’est-à-dire ayant le caractère évident et quasi naturel de ce qui va de soi . L’idée principale défendue ici est que “la normalité ne peut donc être réduite aux simples normes sociales qui cherchent à dicter le cours du monde en prescrivant leurs valeurs”[23] . En d’autres termes, l’invasion et la colonisation de la réalité quotidienne par des procédures normatives contraignantes, à la fois disciplinarisantes et assujettissantes, tendent à occulter le principe même d’une “discipline quotidianisante”[24] , d’un “processus de quotidianisation”[25]  qui est au principe même de la constitution d’un monde de la vie quotidienne. Il s’agit par là, dans une perspective génétique et phénoménologique, d’établir les conditions dans lesquelles s’opère de manière passive et anonyme, au sein même de la vie humaine, un travail de familiarisation ou encore de domestication du non-familier, de l’“anormalité primitive du monde”[26] . La vie quotidienne est par conséquent le produit original d’une telle opération de normalisation primaire qui ne procède donc pas du pouvoir ou des ordres sociaux, mais de la vie elle-même, en tant qu’elle cherche à assurer sa propre persévérance par le biais de cette construction d’un monde familier, cohérent et stable, qui nous apparaît d’autant plus normal qu’il parvient à dissimuler ses propres modalités d’institution[27] . Celles-ci renvoient en effet à la dynamique constituante d’une “infra-dialectique inconsciente”[28]  du familier et de l’étranger dont l’objectif est justement la normalisation de nos rapports avec “l’étrangeté primitive de l’être-au-monde”[29] , source pathogène d’angoisse et d’incertitude quant à la possibilité même de persévérer dans l’être.

Dans ces conditions, nous voyons qu’en proposant cette analyse de la “proto-normalité de la constitution quotidienne de l’expérience familière”[30] , B. Bégout est conduit à accorder à la notion de “vie quotidienne” un sens assez différent de celui que lui attribue G. le Blanc. Car s’il y a bien quelque chose de vivant dans le quotidien, cette vitalité ne se manifeste pas sur fond d’un système contraignant de normes sociales et historiques qui lui servent de points d’appui commodes pour sa propre créativité et pour l’inventivité psychique de l’homme normal. Elle est bien plutôt cette force formatrice qui conduit le quotidien lui-même à se normaliser, c’est-à-dire à aménager en lui cette stabilité et cette régularité de l’expérience qui nous permet d’avoir confiance en elle : “Ressaisi à partir du processus de familiarisation, le quotidien n’est pas écart et résistance. Il n’est même pas créativité personnelle. La formation de la quotidienneté appartient en effet à une genèse passive et anonyme où l’activité rusée d’une conscience faible n’a aucune place”[31] . Mais alors, si la vie quotidienne n’est, comme semble le penser B. Bégout, que l’effet involontaire d’une construction essentiellement passive, est-ce qu’elle ne se trouve pas par là même destituée des potentialités critiques que lui accordait G. le Blanc lorsqu’il y voyait l’espace privilégié d’un jeu réglé de la vie dans les normes et d’une invention de soi dans ce jeu ? Certainement, si l’on considère que la “critique de la vie quotidienne” procède de la résistance antidisciplinaire d’un sujet normatif, créateur de ses propres normes d’existence. Toutefois, sans s’aligner sur cette position théorique qui fonde la compréhension du quotidien sur l’opposition active de la normalité et de l’écart, B. Bégout refuse également de ramener les opérations de familiarisation passive inhérentes à la constitution d’un monde quotidien à la dimension d’un assujettissement unilatéral de l’homme ordinaire aux impératifs aliénants de l’ordre social : “La vie quotidienne elle-même renferme une passivité qui n’est pas le symptôme de son assujettissement aux dispositifs mécaniques des pouvoirs sociaux. La genèse passive de la familiarisation est tout, sauf aliénée”[32] . B. Bégout laisse ainsi entendre qu’il existe une dimension proprement critique de la vie quotidienne qui ne prend pas appui sur sa supposée réactivité par rapport aux normes sociales et sur les opérations de stylisation et de subjectivation qui l’animent, mais bien sur sa constitution passive et impersonnelle. A quoi tient alors la valeur critique paradoxale de l’“autodiscipline quotidienne”[33] ?

D’abord, négativement, à ce que cette puissance d’autonormalisation à laquelle se trouve soumise notre expérience ne conduit pas (du moins pas nécessairement) à son appauvrissement et aux formes stérilisantes de la routine ou du conformisme[34] . Reprenant à son compte les analyses de G. le Blanc sur les “maladies de l’homme normal”, B. Bégout montre en effet que “le processus de quotidianisation peut engendrer une certaine forme de pathologie de la familiarisation”[35]  qui tient à ce que les valeurs du familier et de l’identique l’emportent absolument sur celles de l’ouverture à l’étrangeté et à la différence : si cette “fixation unique sur le familier”[36]  est subie, le quotidien sombre dans l’indifférence de la routine ; mais cette vie routinière elle-même peut être assumée et valorisée pour elle-même sous la forme d’un conformisme qui désigne le repli délibéré de l’homme ordinaire sur les valeurs familières de sa communauté. Pourtant, ces dérives pathologiques de la quotidianisation permettent aussi a contrario de mettre à jour le versant positif (et, comme on va le voir, la dimension autocritique) du processus de normalisation qui la caractérise. Car un tel processus ne s’opère pas exclusivement en direction de la “perpétuation statique du familier”[37] . Du moins la familiarisation de notre expérience repose-t-elle sur une tension en principe non résolue entre “une forte tendance à l’implantation [de la vie quotidienne] dans des gestes identiques et répétitifs, dont le caractère stéréotypique n’est pas automatiquement désavoué mais, au contraire, bien souvent recherché et prisé, et l’attrait soudain pour la nouveauté, le changement, la variété, dans lesquels elle éprouve, sur un mode ambigu d’attirance et de répulsion, ce que l’on pourrait nommer le pressentiment obscur du possible”[38] . C’est cette double aspiration contradictoire à l’identique et au différent qui caractérise en propre la vie quotidienne et qui constitue alors sa dimension critique. Car la dynamique de normalisation qui est à l’œuvre en elle permet à l’homme quotidien de résister aussi bien à la routinisation intégrale de ses conduites qu’à sa soumission unilatérale aux normes sociales. Une telle résistance procède donc moins d’une dialectique de la norme et de l’écart, qui fait jouer l’inventivité du quotidien lui-même contre les procédures normalisatrices qui tendent à l’investir, que de cette « synchronicité dialectisée »[39] qui met aux prises, à un niveau infrapolitique, la normalisation quotidianisante (comme tendance au Même) et la « vie » quotidienne elle-même (comme ouverture incessante à l’Autre et remise en cause possible des ordres établis). C’est cette capacité propre au quotidien à s’adapter et à trouver un équilibre, toujours provisoire, entre le familier (où il menace de dégénérer en routine ou en conformisme) et l’étranger (qui l’expose à l’incertitude de nouvelles rencontres) qui conduit B. Bégout à avancer finalement l’idée d’une « prudence quotidienne »[40] , à entendre avant tout comme la prudence du quotidien lui-même, où celui-ci trouve les ressources de sa propre critique immanente. Au lieu de consister à créer du « soi » dans le blanc des normes, cette critique consiste donc plutôt, pour la vie quotidienne, à « s’arranger tous les jours avec ses propres contradictions »[41] , c’est-à-dire à trouver le juste milieu entre les excès de la familiarisation et ceux de l’ouverture immodérée à la contingence de l’expérience.

 

Si donc une critique de la vie quotidienne a encore un sens ici, celui-ci est moins à chercher dans les figures de l’écart transgressif et de la réappropriation stylisée de soi par soi dans le jeu des normes, que dans la forme positivement « médiocre »[42] d’une dialectisation continue du familier et de l’étranger, de l’homogène et de l’hétérogène. Il reste que, malgré cette différence qui tend à les opposer, les approches que nous avons rapidement présentées tendent l’une comme l’autre à envisager le quotidien avant tout comme le lieu privilégié d’une transformation, qu’il s’agisse de la transformation de l’homme normal en homme normatif (selon l’opération tropologique du retournement du soi sur la norme), ou de la transformation incessante de l’hétérogène en homogène et de l’homogène en hétérogène (selon le processus de l’infra-dialectique du familier et de l’étranger). Et au final, c’est bien cette capacité auto-transformatrice du quotidien qui le rend insaisissable et constitue par là même sa valeur critique : car le monde quotidien reste à vivre au jour le jour, avec son équivocité constitutive, - celle d’un monde où il est à fois difficile de devenir « soi » et tentant de se replier sur le confort rassurant d’un « chez soi » familier.

 

 



[1]Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, Paris, L’Arche, 1958.

[2]Guillaume le Blanc, Les maladies de l’homme normal, Bègles, Éditions du Passant, “Poches de résistance”, 2004 (ensuite cité MHN).

[3]Bruce Bégout, La découverte du quotidien, Paris, Allia, 2005 (ensuite cité DQ).

[4]Pour une présentation détaillée des enjeux du livre de G. le Blanc, voir la présentation de Katia Genel ainsi que les remarques de Pierre Macherey au sujet du concept de “vie ordinaire” sur le site de l’U.M.R. “Savoirs et Textes” de l’Université Lille 3 (http://www.univ-lille3.fr/set/sem/genelleblanc.html et http://www.univ-lille3.fr/set/sem/macherey07042004.html ). Notre analyse prendra appui pour l’essentiel sur le chapitre XI des Maladies de l’homme normal, consacré précisément au thème de “La vie ordinaire”.

[5]Michel Foucault, “La vie des hommes infâmes”, in Dits et écrits, tome 3 (1976-1979), Paris, Gallimard, “Bibliothèque des sciences humaines”, 1994, texte n°198 [1977], p.245 (cité par B. Bégout, in DQ, p.555). Il faut préciser toutefois que, dans la perspective de Foucault, l’entrecroisement de “toute une chaîne politique […] avec la trame du quotidien” (p.247) correspond à un moment précis de l’“histoire des mécanismes de pouvoir” (Ibidem), celui qui, à la fin du XVIIe siècle, conduit, dans le sillage du régime monarchique, à une nouvelle “mise en discours du quotidien” (p.245) qui engage également un nouveau mode d’être de la littérature (pp.251-253). G. le Blanc a bien analysé ce dernier point dans son intervention sur “L’écriture de l’ordinaire” lors de la journée d’études “Michel Foucault. Travaux actuels” qui s’est tenue à l’E.N.S. en mars 2005 (il est possible d’écouter cette conférence à l’adresse internet suivante : http://www.diffusion.ens.fr/audio/2005_03_12_leblanc.mp3 ). 

[6]Voir à ce sujet les analyses du Normal et le pathologique (Paris, PUF, “Quadrige”, 1966) proposées par G. le Blanc dans Canguilhem et les normes, Paris, PUF, “Philosophies”, 1998, notamment, pp.52-58.

[7]Michel de Certeau, L’invention du quotidien, 1. Arts de faire, Paris, U.G.E., 1980 ; rééd. Gallimard, 1990.

[8] MHN, p.180 (ce terme est repris à Michel de Certeau). 

[9] Ibid., p.174 (ce terme est emprunté à Deleuze et Guattari).

[10] Ibid., p.180 (ce terme, d’origine linguistique, est utilisé en psychologie du travail, notamment par Yves Clot).

[11] Ibid., p.165.

[12] Ibid., p.175.

[13] Ibid., p.177.

[14] Ibid., p.175.

[15]Ibid., p.167. Notons que c’est dans l’activité de travail que cette tactique de détournement des normes prescriptives par les travailleurs eux-mêmes est particulièrement mise en valeur (MNH, chapitre VI : “Les règles du travail”) : “Jamais un ouvrier ne reste devant sa machine en pensant : je fais ce qu’on me dit” (MNH, p.93 ; il s’agit du propos d’un ajusteur, cité par Yves Schwartz dans Expérience et connaissance du travail, Paris, Éditions Sociales, “Terrains”, 1988, p.21). Voir à ce sujet les analyses initiées par G. le Blanc dans Canguilhem et les normes (pp.98-101) et développées dans La vie humaine : anthropologie et biologie chez Georges Canguilhem, Paris, PUF, “Pratiques théoriques”, 2002 (notamment chapitre V : “La création sociale”).

[16] MHN., p.15.

[17] Ibid., p.171.

[18]Judith Butler, La vie psychique du pouvoir, Paris, Léo Scheer, 2002, “Introduction”, notamment, pp.24-26 (pour la présentation générale de cette “inauguration tropologique du sujet”). Voir aussi sur cette question l’article de G. le Blanc, “Être assujetti : Althusser, Foucault, Butler”, in Actuel Marx, n°36, “Marx et Foucault”, 2004, pp.45-62.

[19] Ibid., p.172.

[20] Ibid., p.211.

[21] G. le Blanc reprend cette notion d’“antidiscipline” à Michel de Certeau qui la forge en référence aux analyses de Foucault sur le pouvoir disciplinaire (MHN, p.177 ; voir L’invention du quotidien, p.14).

[22]Nous limiterons notre analyse aux réflexions proposées par B. Bégout dans les deux derniers paragraphes de son livre : “Normalité et normativité quotidiennes” et “Résistance, invention et prudence”  (DQ, pp.537sq).

[23] DQ, p.549.

[24] Ibid., p.553. B. Bégout parle un peu plus loin d’une “autodiscipline quotidienne” (p.556) qui s’oppose clairement à la perspective d’une “antidiscipline”  produite par la créativité quotidienne selon de Certeau.

[25] Ce processus est analysé pour lui-même dans le chapitre 2 de la troisième partie du livre de B. Bégout (DQ, pp.312sq).

[26] Ibid., p.540.

[27]C’est ce que B. Bégout nomme le “mensonge quotidien” (voir l’analyse qu’il en propose dans DQ, pp.336sq).

[28] Ibid., p.557.

[29] Ibid., p.314.

[30] Ibid., p.549.

[31] Ibid., pp.569-570.

[32] Ibid., p.570.

[33] Ibid., p.566.

[34]Voir les analyses de la routine et du conformisme in DQ, pp.559-563.

[35] Ibid., p.557.

[36] Ibid., p.565.

[37] Ibid., p.560.

[38] Ibid., pp.563-564.

[39] Ibid., p.565.

[40] Ibid., p.581.

[41] Ibid., p.585.

[42] “La médiocrité du quotidien consiste tout entière dans sa médiété : être le milieu et la médiation des contraires sans privilégier l’un ou l’autre. […] Cette médiocrité n’est plus à entendre comme la platitude ou la banalité, ce qui est le plus bas, mais comme ce qui est le plus haut, la combinaison dialectique du familier et de l’étranger” (Ibid., p.583).

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